Bon alors c'est parto. Marre de l'indécision - non c'est faux ! - si c'est vrai - non c'est faux, c'est l'indécision, qui est belle ! - ta gueule pas du tout, t'es trop con petite orgueilleuse de merde.
Voilà, en gros, le monologue que je me tiens toute seule, toute seule dans ma chambre ou toute seule dans le métro - grimace ou hochement de tête qui vont avec. Je me retrouve un peu à tenir les rôles d'Antigone et de Créon confondus, en ce moment. Attention, loin de moi l'idée de faire une comparaison parfaite. Style tragédie et tout et tout. Non. D'autant moins que je me situe ces jours du côté de Créon - et oui, le con. Mais bon, faut bien, comme il le dirait, s'il était là. Non mais c'est vrai, je vous renvoie aux pages 92 et suivantes de l'Antigone d'Anouilh - livre que j'avais beaucoup aimé, puis critiqué, sous l'effet d'une hypokhâgne bien pesée - et légitime, dans sa critique, la prof, Pommier, très très intelligente. Bref, j'avais décidé qu'il était préférable de ne plus l'aimer, tant la critique trouvait prise sur ce dos par trop exposé. Et puis un jour, quelqu'un qui m'est cher, qui me dit: "malgré tout, c'est le seul livre qui m'ait fait pleurer". Oui. C'est vrai, qu'il vous arrache des larmes, ce livre. Alors, un an après cette remarque anodine - dont la personne en question ne se souviendrait plus ou même, se dédirait, peut-être - et bien, un après, j'ai décidé de le relire. Je suis peut-être meilleure public, maintenant que je suis sortie du circuit, mais oui, j'aime bien. Oui, il m'arrache des larmes qui restent coincées dans la gorge tellement elle est serrée. Page 92, par exemple. Ou même avant, quand elle demande à Hémon s'il l'aime comme une femme, elle qui ne ressemble à aucune d'entre elles, s'il ne regrette pas de l'avoir choisie, elle, la petite laide plate sans couleur si froufrou à sa robe. Et elle lui dit qu'elle aurait été fière. Bref. Bref, bref, bref. Tout ça pour dire que oui.
Toujours est-il que je me poste en Créon, ces jours-ci. Je sais haïr cette posture - qui ne la haïrait pas, du reste, cette posture de pragmatique, cette posture de tue-l'amour tue-l'espoir tue la lueur d'un amour envolé un matin chantant si calmement.
Mais je suis Créon, celui qui refuse, par nécessité, de dire non. A tort ou à raison, ça, chacun a sa réponse et personne ne saura jamais. Mais oui, Créon. J'ai l'impression d'avoir passé ces derniers mois à vouloir dire non, comme elle. A un moment c'est drôle parce qu'elle est vraiment gamine - et en même temps "si" exemplaire de cette exigence de perfection tuée dès lors qu'on la nomme - et dit: je veux tout tout de suite ou je dis non. Et moi, j'ai voulu dire non, un peu comme elle mais sans mourir physiquement, j'ai voulu dire non à des choses que j'avais estampillées comme mauvaises parce qu'issues d'un compromis avec les aléas absurdes de la vie et puis des allées et venues qu'on ne contrôle pas.
Maintenant je me dis que c'est moi qui ai été dans l'erreur. Quelle erreur d'avoir pu penser d'emblée que ces choses je les maitrisais et qu'elles n'étaient "que" le compromis avec la déception vivante. Pas du tout.
Enfin... bien entendu, il s'agit d'une compromission, dans la mesure ou j'ai accepté de donner leur chance à des choses que je ne croyais pas être la révélation. Comme Antigone qui aurait accepté de tenter d'être heureuse malgré tout avec Hémon. Donc oui, c'est une compromission. Mais tant pis. J'ai décidé, ces jours, de tenter. Me salir les mains - pas juste pour oublier, au contraire - pour tenter de voir si moi j'étais capable de rendre un peu joli ce que je décrie tant - ce dont j'ai si peur - la patience et donc par la même l'optimisme, donc, le temps. Oui. C'est le temps, le point nodal. Je me rends compte que je n'ai JAMAIS réussi à m'envisager sur du long terme - plus d'une semaine. Non, j'exagère - mais j'ai pas envie de parler des fois qui me font dire que j'exagère. En gros, juste, je tente d'accepter le temps qui passe et les conséquences de ce facteur temps sur ... un peu tout dans la vie : les personnes qui nous sont le plus proches, celles qui le sont un tout petit moins, le boulot, les envies de boulot... Bref.
J'ai beaucoup écrit, pardon. Je m'emporte un peu, mais c'est parce que des choses se clarifient un peu - pas trop pas tout le temps, mais un peu.
Conférence aujourd'hui de Raffarin avec les étudiants du MPA. Marrant, mais bon. Des contradictions assez étonnantes, mais non, pas tant que ça - un faux pragmatisme, une fausse clairvoyante du praticien qui croit s'être affranchi des contradictions inhérentes à la démocratie. Le même qui vous prône un dépassement du clivage gauche/droite en faveur d'un humanisme du 21e siecle, qui vous dit que c'est la théatralisation d'une réforme qui fait son échec, qui vous dit que le non au référendum pour la constitution européenne, il en est déçu mais le comprend, qui vous dit que quand même la commission elle est pas très arrangeante - en gros, le même qui prône une dépolitisation (dans le sens clivage gauche/droite) et en même temps qui dit que la dépolitisation attire les foudres des gens qui en ont marre de pas savoir exactement ce que fait la politique. Alors, quelle solution?
C'est pas moi qui la trouverai. Alors j'abdique tout de suite. Rien ne sert de courir... et je suis partie carrément à la bourre. Expres, en plus.
EN PLUS, il a dit que les problemes en ce moment, c'était dans une filiale d'Airbus. N'importe quoi, c'est une filiale d'EADS!!!
Bref, je chipote, mais enfin, c'est... important ( je toussote).
Bonne soirée.
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