dimanche, juin 08, 2008

Chiennes


Samedi, au petit matin, dans une rue du 3e arrondissement, nous marchons, deux amies non-francophones et moi (le détail a son importance, faisant de moi la seule interlocutrice au dur monde extérieur). Une voiture, trois types autour, dont l'un de notre côté, le trottoir (ce détail a son importance, initiant sans le savoir tout un champ lexical). Il nous parle, je lui réponds gentiment, sans façon, mais bonne soirée. Jusque là, rien d'exceptionnel. Nous continuons donc notre route, dix, vingt mètres nous séparent maintenant d'eux. J'entends appeler "Hey, on vous ramène, les miss, les miss, on vous ramène!", une, deux, trois fois. Nous continuons donc notre route, trente mètres nous séparent maintenant d'eux. J'entends appeler "Hey, on vous ramène les chiennes!". Je m'arrête de m'éloigner d'eux, me retourne et les regarde. Celui qui parle sourit et s'approche en souriant encore. Son ami, lui, commence à crier des mots insalubres. Le premier sourit en demandant pourquoi nous nous étions pas arrêtées plus tôt. Il n'est pas encore à notre hauteur. L'autre continue de plus belle et s'emporte - vient tout en criant que nous sommes des putes. Je dis à l'autre qu'une discussion eut été encore possible, peut-être, mais là non. Le gros - il l'était réellement - arrive, je le regarde bien dans ses yeux à vingt centimètres plus haut, lui aussi me dévisage et déverse sa sentence de haut en bas: "vous n'avez pas répondu quand on vous appelait, vous vous retournez quand on vous traite de chiennes, allez vous faire enculer, bande de chiennes, vous êtes que des putes, allez vous faire enculer". Je l'ai regardé s'en aller, pétrifiée de colère et sale. Ensevelie sous cette horreur - dégoulinante sur moi. L'autre a voulu parler, il n'a pas pu. Tout était dit et j'étais déjà à terre - salie des mots, de toute la violence victorieusement répandue par son ami. Trophée de fin de soirée. Il est parti.
Je les ai haï et continue encore. (ce détail a son importance, même si je ne sais pas encore laquelle, si ce n'est celle qui me fait peur)


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